Dette publique, finance, BCT : Ridha Chalghoum face aux préoccupations des Atugéens

Les finances publiques ont été au coeur d’une rencontre organisée par l’Association des Tunisiens des Grandes Ecoles (ATUGE), à laquelle a pris part le ministre des Finances, Ridha Chalghoum. C’était l’occasion de revenir sur la conjoncture du pays et de permettre aux “Atugéens” d’échanger et de débattre avec le ministre.

L’ambiance était chaleureuse au siège de l’ATUGE jeudi 13 février 2020. La thématique n’était pas choisie au hasard, compte tenu du contexte difficile que traverse la Tunisie. Et qui est mieux placé qu’un ministre des Finances pour parler des finances publiques ? D’où l’idée d’organiser une rencontre détendue, sans tabou et dans la bonne humeur avec Ridha Chalghoum, ministre des Finances et du Développement par intérim. L’objectif était de soulever les principales problématiques économiques de la Tunisie. Pour les Atugéens, c’était aussi l’occasion de proposer leurs solutions.

Comment attirer et fidéliser la diaspora tunisienne à l’étranger ? La Banque Centrale de Tunisie (BCT) doit-elle conserver son indépendance ? Quels sont les mécanismes à mettre en place dans cette optique ? Comment rétablir la confiance du peuple dans les institutions de l’Etat ? Comment rétablir la croissance, combattre le chômage, lutter contre l’inflation et réduire la dette publique ? Telles sont les principales problématiques qui ont été soulevées lors de la rencontre avec Ridha Chalghoum.

Baisse de la dette de l’Etat : une priorité

Pourquoi ne pas permettre aux tunisiens résidents à l’étranger d’épargner, en devises, en Tunisie ? C’est l’une des propositions formulées par l’assistance qui, d’ailleurs, a été bien accueillie par le ministre. D’autres intervenants se sont penchés sur la délicate question de la dette tunisienne. En effet, quel héritage va-t-on laisser aux générations futures ?

Il est clair, pour le ministre, que la dette doit être réduite. Cependant, il est parfois difficile de se passer de l’endettement. “Ceux qui rejettent l’endettement exigent, en même temps, la hausse des salaires ? Or, pour garantir ces hausses, il faut garantir les ressources nécessaires. D’où l’endettement”, a expliqué Ridha Chalghoum qui a abordé, par la même occasion, la situation de Tunisair qui croule sous le poids de la dette (près de 900 MDT) et affiche une importante masse salariale. “Tunisair doit être le fleuron de l’industrie tunisienne. En 2011, il y a eu des recrutements massifs et des promotions. Nous sommes tous responsables de la situation. Il est vital de réformer l’entreprise. Les enfants de Tunisair doivent la sauver”, a-t-il affirmé.

Le rôle de la BCT en débat

Autre problématique qui été soulevée par l’assistance : le manque de coordination dans les politiques économiques des structures de l’Etat. “Les autorités augmentent la masse salariale pour stimuler la demande. Or, de l’autre côté, la BCT travaille en vue de préserver la masse monétaire et de contrôler l’inflation – ndlr : celle-ci augmente lorsqu’une hausse des salaires est pratiquée sans une contrepartie productive -. Dans ce combat, la BCT est toute seule. Il faut, dans ce contexte, attirer l’épargne afin de financer l’investissement”, ont suggéré les intervenants.

Interpellé sur la question de l’indépendance de la BCT, Ridha Chalghoum a souligné le rôle important de l’institution d’émission dans la lutte contre l’inflation et dans la stabilisation des indicateurs monétaires. D’ailleurs, rappelons-le, l’inflation est passée sous la barre des 6% en janvier 2020 selon l’Institut National des Statistiques (INS) et le dinar a réussi à remonter la pente face à l’euro (3,10 TND pour 1 euro). Il faut miser, poursuit-il, sur le taux directeur afin de remédier à l’inflation.

Projets et investissements : “L’argent est là, mais pas l’exécution”

Par ailleurs, il existe un véritable blocage au niveau de l’exécution des grands projets selon les Atugéens qui soulignent que les appels d’offres sont nombreux, mais que la plupart des projets n’ont pas été réalisés. Interpellé sur ces questions, Ridha Chalghoum concède qu’il existe, en effet, certaines problématiques, notamment au niveau foncier. “L’argent est là, mais pas l’exécution. Plusieurs projets sont inscrits dans le budget de l’Etat, mais la question foncière n’est pas abordée. Pour résoudre cette problématique, une Commission spéciale a été créée au sein du ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération Internationale. Elle va répertorier les projets qui doivent être exécutés”, a encore expliqué le ministre.