Financement non bancaire des PME tunisiennes par le Marché Financier: Des programmes intéressants pour des entreprises aux abonnés absents

En dépit des programmes diversifiés et attrayants élaborés par le Marché Financier dans l’objectif d’assurer un financement non bancaire des PME tunisiennes, les résultats de ces efforts demeurent encore loin des attentes, en témoigne l’absence totale de sociétés cotées en Bourse au nom de l’année 2019. 2020, sera-t-elle l’année de la relance ? A suivre.

Le Programme Investia Entreprise et la structuration du Marché Financier étaient au cœur d’un workshop organisé hier à Sousse par la Bourse de Tunis, la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS), l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) et le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) de Sousse, ayant pour objectif de sensibiliser davantage les petites et moyennes entreprises tunisiennes quant à l’importance des procédures et des facilitations mises à leur disposition pour profiter d’un financement non bancaire qui leur permet de bien se positionner sur le marché.

Difficulté d’accès au financement pour les PME

C’est en peignant l’atmosphère générale des financements des PME en Tunisie que M. Bilel Sahnoun, Directeur Général de la Bourse de Tunis a souligné, au début de son intervention, que l’accès des PME au financement se trouve déjà handicapé par trois facteurs qui sont : l’accroissement du niveau des risques des PME notamment après la Révolution, l’assèchement de la liquidité bancaire d’où les difficultés d’octroi des crédits supposés risqués pour les PME, le renchérissement des taux d’intérêts accompagnés par trois augmentations du taux directeur en seulement deux ans (2018 et 2019), ce qui pourrait mettre en difficulté la rentabilité des entreprises et leur business et également le manque de fonds propres pour certaines PME, ce qui limite leur chance de développement.

Des conditions, certes, contraignantes pour les PME tunisiennes qui reflètent la passivité des acteurs du Marché Financier qui, selon M. Sahnoun « ne jouent pas leur rôle pleinement dans une économie croissante ». Et d’expliquer que : « En comparaison avec des marchés émergents, la moyenne de la contribution du Marché Financier tunisien dans le financement de l’économie est comprise entre seulement 8 et 10% ». Une moyenne qu’il considère « loin des attentes ».

D’après le DG de la Bourse, ces conditions ardues dont souffre les PME tunisiennes sont dues à plusieurs raisons telles que la réglementation qui remonte à 1914 d’où la nécessité de réviser les textes de loi en vigueur, la volonté politique qui exclut le rôle du Marché Financier et de La Bourse dans le financement de l’économie tunisienne, les avantages accordés aux entreprises qui accèdent au Marché Financier via la Bourse n’accordent aucune faveur aux PME face au reste des entreprises et notamment le baromètre de la perception de la Bourse et du Marché Financier qui doit être revu et qui doit présenter La Bourse en tant qu’acteur de financement de la croissance dans le pays.

Nécessité de changement des conditions d’accès des PME au financement

En réponse à ces conditions pénibles qui entravent l’accès des PME tunisiennes au financement, une lueur d’espoir est perçue pour ce type d’entreprises qui peinent à assurer un financement solide pour la subsistance et la continuité de leur business. En toute fierté, M. Sahnoun a rappelé dans ce sens qu’une nouvelle réglementation sur le Marché Alternatif dédié exclusivement aux PME a vu le jour qui leur permettra de profiter d’un accès facile à la Bourse via ce marché, une Loi des Finances 2020 qui apporte des nouveautés en termes de fiscalité dans le Marché Alternatif et notamment le lancement du Programme Investia Entreprise destiné à accompagner des PME tunisiennes pour les initier soit vers le Marché Alternatif, soit vers le Capital-risque, soit vers l’émission d’un emprunt obligataire pour financer sa croissance.

Structuration du nouveau Marché Alternatif et des avantages fiscaux qu’il présente

Le nouveau Règlement Général de la Bourse, paru au JORT le 13 septembre 2019, a apporté des nouveautés en termes de conditions relatives à l’introduction des sociétés sur le Marché Alternatif dans le but d’alléger les procédures réglementaires et de réserver la participation à ce marché aux seuls investisseurs avertis.

Face à une participation minime de sociétés que 13 entrées étaient enregistrées depuis sa création en 2007, une restructuration du Marché Alternatif s’est avérée nécessaire notamment au niveau réglementaire qui met les PME et les grandes entreprises au même pied d’égalité en leur demandant un Prospectus d’émission qui fait 200 pages. Un obstacle difficile à franchir pour les PME qui n’ont pas la structure nécessaire pour le réaliser. L’autre niveau comprend les conditions d’introduction en bourse qui doivent être révisées afin d’éviter l’échec aux PME qui ne sont pas en mesure d’évaluer le risque.

Ainsi, la restructuration du Marché Alternatif (MA) aura comme solutions la simplification et l’allègement des procédures d’accès aux PME sur le MA pour que le coût de l’opération d’introduction soit facilement pris en charge par les PME en question et également l’orientation du marché qui sera exclusivement dédié aux investisseurs avertis qui sont définis dans un arrêté publié par le ministère des Finances. Des procédures que M. Nejib El Hidri, Directeur de Développement à la Bourse de Tunis, a largement présenté lors de son intervention.

M. Hidri a également précisé que « les investisseurs avertis sont ceux qui se composent d’une équipe qui ne dépassent pas les 500 personnes et qui affichent un chiffre d’affaires ou une recette nette supérieure à 40 MD. Et d’ajouter que « la demande d’admission des PME au Marché Alternatif doit désormais être déposée conjointement par le Listing Sponsor et la société émettrice ».

Programme Investia Entreprise au secours des PME en manque de financement

Dans le même cadre de la diversification des sources de financement, le Programme Investia Entreprise, présenté lors de cet événement par M. Ali Maher Laroui, Expert de la composante 1 du Programme Investia Entreprise, est, en effet, une initiative appuyée financièrement par le Gouvernement Britannique qui a accordé un don via le Fonds de Transition géré par la Banque Africaine de Développement (BAD). Elle vise à accompagner 130 PME tunisiennes dans leur financement et ayant pour objectif de les emmener vers la levée de fonds propres ou de dettes directement auprès des investisseurs.

M. Laroui a, dans ce sens, précisé que « les entreprises participantes à ce programme peuvent bénéficier de trois types d’aides non bancaires : une levée de fonds auprès d’acteurs du Capital Investissement, une introduction en Bourse ou une émission d’emprunt obligataire. Elles profitent également d’une prise en charge partielle des coûts des prestations de diagnostic, d’assistance à l’élaboration d’un plan d’affaires, l’évaluation de leur situation financière et également la préparation de la documentation selon le type de levée de fonds envisagé ». Et d’ajouter que « ces entreprises peuvent accéder à des sources de financement non bancaires, une plate-forme de connexion entre investisseurs et entreprises et également un accompagnement vers les marchés publics. Les intéressés peuvent s’inscrire sur le site : www.investia-entreprise.com.

A la fin de ce workshop, la présidente du Centre des Jeunes Dirigeants de Sousse, Rim Bouazra, n’a pas manqué de rappeler que « l’opportunité se présente pour ceux qui cherchent à profiter d’un investissement non bancaire, des facilitations et des avantages des programmes offerts par le Marché Financier ». Et de préciser que « les entreprises concernées peuvent, à la limite, profiter d’un diagnostic gratuit de leur entreprise en consultant cette plate-forme accessible pour tout le monde. Ce diagnostic leur permettra, en effet, de calculer leurs chances de s’introduire dans le Marché Alternatif avec plus de confiance ».

Devant l’impossibilité de se projeter dans le futur en termes du nombre des entreprises qui vont être cotées en Bourse et les espérances pour une relance des chiffres en 2020, la question qui se pose : pourquoi les PME tunisiennes écartées d’un financement bancaire hésitent encore à franchir le pas et à solliciter des financements non bancaires capables de leur fournir un assise financière bien fondée ?