Africa means business ― Yacine Fal : “La Tunisie a beaucoup à offrir aux pays africains”

Le Manager et MAAP se sont alliés pour organiser, chaque premier jeudi du mois, l’afterwork Africa means business. À travers ce rendez-vous mensuel, les entrepreneurs et les acteurs de la scène business auront l’opportunité d’échanger autour de thématiques sectorielles touchant l’Afrique.

Pour sa première édition, Africa means business a invité Yacine Fal, directrice adjointe de la Banque Africaine de Développement, l’occasion de mettre l’accent sur le rapport Perspectives économiques en Afrique 2020 publié le mois dernier par la BAD.

Retour de la croissance

Bien que la croissance moyenne du continent a connu une baisse considérable comparée au pic de 2014, le taux enregistré de 3.6% reste parmi les taux les plus élevés dans le monde. Cette stabilisation de la croissance est due à plusieurs facteurs tels que la croissance du secteur agricole, la fluctuation des prix des hydrocarbures ainsi qu’à la question sécuritaire vu que le tourisme représente un secteur clé dans plusieurs pays du continent.

Ceci dit, plusieurs pays ont réussi à se démarquer, enregistrant des taux de croissance des plus importants dans le monde. En effet, 6 pays africains figurent dans le top 10 des économies ayant la plus grande croissance. Il s’agit du Rwanda, de l’Ethiopie, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et de la Tanzanie. “Ces pays ont réussi à transformer leur économie et à se doter d’objectifs clairs pour la relance économique”, a souligné Yacine Fal. Pour sa part, la région de l’Afrique du Nord est la région qui a contribué le plus à la croissance du continent, à hauteur de 40%, notamment par le biais de l’Egypte qui a réalisé un PIB important.

La directrice adjointe de la BAD a noté tout de même que la croissance devrait retrouver sa tendance haussière à partir de l’année prochaine (3.9%) pour atteindre les 4.1% en 2021. Cette hausse de la croissance sera motivée par les efforts déployés par plusieurs pays pour le développement de divers secteurs tels que l’industrie et les services numériques. Également, la responsable a noté que “pour la première fois en dix ans, les dépenses d’investissement, plutôt que celles consacrées à la consommation, représentent plus de la moitié du taux de croissance du PIB”.

La Tunisie et l’Afrique

L’engagement de la BAD avec la Tunisie date de plus de 50 ans, a rappelé Fal. Les actions entamées par la Banque ont touché plusieurs secteurs : infrastructure, agriculture, digitalisation, … “Le un tiers du réseau routier tunisien est financé par la BAD !”, rappelle-t-elle. La BAD a apporté également son soutien au gouvernement tunisien en appuyant le programme Tunisie Digitale faisant partie du plan stratégique Tunisie 2020. Cependant, s’agissant des freins de la croissance en Tunisie, Yacine Fal ne manque pas de souligner l’impact sur la croissance des effets contra-cycliques sur l’agriculture et de la pêche et la baisse des investissements dans le secteur pétrolier et des hydrocarbures. Ces facteurs sont à l’origine d’un déficit courant et de la lenteur de l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

“La Tunisie a beaucoup à offrir aux pays africains”, a assuré Yacine Fal, soulignant que la Tunisie dispose d’une importante base industrielle diversifiée notamment dans des secteurs comme l’aéronautique, l’industrie chimique, le textile et le digital. “Toutefois, pour jouer un rôle déterminant dans la transformation structurelle de l’économie tunisienne, une montée en gamme est nécessaire”, indique Fal.

Faire monter d’un cran l’économie africaine

Pour l’Afrique, les défis et les moteurs de la croissance sont, selon Yacine Fal, la formation de la main-d’œuvre de demain (notamment les jeunes et les femmes), la transformation digitale, l’éducation et l’encouragement des échanges intercontinentaux. « Aujourd’hui, l’Afrique bénéficie de sa démographie. Il y a des opportunités d’investissement dans le continent », affirme Yacine Fal.

Parmi les défis auxquels fait face le continent, Yacine Fal a cité la transformation digitale, à travers les services numériques et l’industrie 4.0. En effet, cela nécessite la formation des talents qui répondent aux défis de la transformation numérique pour réaliser les opportunités qui se présentent. Dans ce contexte, Yacine Fal a insisté sur l’importance de permettre la jeunesse africaine de disposer des compétences nécessaires et de sortir de schémas classiques.

Yacine Fal a tenu également à rappeler les efforts de la Banque en matière de formation et de montée en compétence à travers plusieurs programmes et initiatives. Pour Fal, cela est d’une importance majeure vu le rôle que jouera la technologie dans le développement économique durant les années à venir. “Il est nécessaire que le continent se dote des compétences nécessaires” pour affronter les challenges que l’économie digitale peut poser.

La BAD oeuvre aussi pour l’encouragement de la mise en place de politiques publiques plus inclusives. “Il n’y pas de développement sans femmes”, note la responsable. Pratiquement, ceci se décline sous forme de programmes et initiatives visant à renforcer la présence féminine et sa contribution dans l’économie africaine. Ainsi, la BAD a lancé des programmes pour renforcer la présence des femmes dans les Conseils d’administration des entreprises cotées. Elle a également mis en place des lignes de financement ainsi que de la couverture des risques afin d’assurer une plus grande facilité d’accès aux financements pour les entreprises dirigées par des femmes.