Nous sommes bien les derniers au monde en …

Bassem Ennaifar

Le classement de la Tunisie dans le rapport de Davos est, théoriquement, une mine d’or pour l’Exécutif. Il offre une feuille de route prête pour les réformes dont le monde de l’entreprise a besoin. En travaillant sur les points de faiblesse, la Tunisie pourrait se repositionner en tant que destination attractive pour les IDE. Parmi les thèmes qui choquent, nous trouvons notre classement en matière de facilité de recrutement de main d’œuvre étrangère. Nous sommes les derniers au monde, à la 141ème position !

Pourtant, il suffit de faire un tour dans les chantiers des constructions, les maisons des quartiers huppés de la capitale, les cafés et les restaurants pour se rendre compte que les employés étrangers sont une monnaie courante, notamment celle africaine. Selon les chiffres de l’Organisation Internationale pour la Migration, la Tunisie compte 57 101 ressortissants étrangers, soit 0,5% de la population. Une grande partie d’entre eux est sur le marché de travail dans des conditions que nous savons tous.

La procédure pour recruter un salarié non tunisien est un chemin de croix. Le législateur a encore cette idée selon laquelle les étrangers vont prendre la place des locaux sur le marché. Si c’est en partie vrai, les évolutions des dernières années ont conduit à une autre réalité. La révolution a renforcé la rigidité du marché de travail avec des exigences financières grandissantes de la part des chômeurs. Les métiers dans la restauration, les services à la personne ou dans le BTP n’attirent plus bien que les niveaux de rémunération soient intéressants.

La présence des étrangers sur le marché de l’emploi lui donne une opportunité d’être plus flexible. Cette main d’œuvre se caractérise par trois choses : la qualité de la prestation, la très forte productivité par rapport celle de l’employé tunisien, et son coût raisonnable. Elle permet de répondre aux besoins de l’économie et d’améliorer les marges du business.

En même temps, cette forte présence pose également des problèmes pour les tunisiens qui sont prêts à bosser. Les employeurs vont leur proposer des salaires bas puisque ce qu’ils paient aux étrangers ne comporte pas les coûts sociaux et fiscaux. D’où la nécessite de régulariser la présence de cette main d’œuvre car les retombées seraient positives sur celle locale.

Mais qui va oser de prendre cette initiative ? Les syndicats lui vont faire la guerre sur tous les fronts. Comme toutes les réformes, le prix politique du changement en Tunisie est cher, très cher.

Bassem Ennaifar

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