Leasing, dégradation de la qualité d’actifs

Bassem Ennaifar

La notion de risque n’était pas convenablement intégrée par les établissements de crédit tunisiens durant les années glorieuses d’avant 2011. Progressivement, et avec le tour de vis réglementaire de la Banque centrale, les banques et les compagnies de leasing se sont trouvées face à une réalité amère : leurs bilans sont plus que jamais garnis d’actifs non performants.

Si les banques bénéficient de la possibilité de diversifier leurs sources de revenus, les loueurs ont des choix limités au business islamique ou au factoring. Les opérateurs sur le marché financier ont détecté ces difficultés, transformant la clôture des émissions obligataires en un calvaire pour ces compagnies. Ainsi, et pour la première fois de l’histoire du secteur, les engagements ont commencé à baisser dès la fin de l’année dernière. Après le pic de septembre 2018 (4,371 MdsTND), cet encours a perdu en l’espace de douze mois 314,790 MTND. Face à la rareté et au coût de refinancement, le nouveau business n’est pas plus rentable.

Le problème ne se limite pas là. Avec le resserrement du contexte, les agents économiques ne sont plus capables d’honorer leurs dettes envers les loueurs, ce qui a conduit à une flambée des créances classées. Fin septembre 2019, elles ont augmenté de 28% à 490,721 MTND. Du jamais vu. Pour rappel, ces créances classées étaient de 284,459 MTND quatre ans auparavant. Les actifs non performants ont ainsi enregistré une croissance annuelle moyenne de 14,6% sur cette période. En même temps, les revenus bruts de leasing (qui ne sont autres que les intérêts encaissés) ont progressé de 14,9%. La croissance a été de mauvaise qualité.

Les compagnies de leasing sont entre le marteau et l’enclume. Si elles décident de provisionner tous ces actifs, elles ne pourront pas respecter les ratios prudentiels sauf en cas de recapitalisation. Si elles procèdent plutôt à une autre stratégie qui avance des solutions comme le rééchelonnement des dettes des clients, cela ne fera que reporter l’essentiel du problème aux prochaines années. Pour le moment, c’est la deuxième option qui l’emporte, en attendant des jours meilleurs.

Bassem Ennaifar

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