Rapport de Davos 2019: ce que nous cache le bon score de la Tunisie

Le classement de la Tunisie en matière de compétitivité économique, établi par le Wolrd Economic Forum dans le cadre du rapport de Davos 2019, a finalement été annoncé mercredi 9 octobre 2019. Comme nous l’avions souligné précédemment, l’économie tunisienne a conservé son même rang en 2019 par rapport à 2018 : 87ème sur un total de 141, mais avec un score en progression.

Pourtant, le maintien du rang de la Tunisie et l’amélioration de son score ne signifient pas que son économie se porte mieux. Bien au contraire, et d’ailleurs, Taïeb Bayahi, président de l’IACE (Institut arabe des chefs d’entreprise), et Mejdi Hassen, directeur exécutif de l’Institut, l’ont souligné. « C’est une année manquée », a confessé Taïeb Bayahi ce mercredi 9 octobre 2019 lors d’une conférence de presse.

Au total, 12 piliers sont pris en compte dans le rapport de Davos 2019 :

  • Institution
  • Infrastructure
  • Adoption des TIC
  • Stabilité macroéconomique
  • Santé
  • Education et compétence
  • Marché de production
  • Marché du travail
  • Système financier
  • Taille des marchés
  • Dynamique des affaires
  • Capacité d’innovation

Si l’adoption des TIC a pu tirer le score tunisien vers le haut, ce n’était pas le cas pour les piliers de l’éducation / compétence et du marché du travail. Le classement de Davos 2019 montre que 9 indicateurs… sur 9 se sont dégradés entre 2018 et 2019 pour l’éducation. Mejdi Hassen, directeur exécutif de l’IACE, note que l’abandon scolaire constitue un point noir dans ce dernier pilier, au même titre que la qualité de la formation professionnelle.

Pour ce dernier cas, la Tunisie a reculé de 6 places en une année. En matière d’espérance de vie scolaire, c’est la même tendance : nous sommes passés de la 49ème à la 52ème place. Concernant l’étendue de la formation du personnel, la Tunisie a littéralement dégringolé, passant de la 78ème à la 96ème place.

Incapacité des banques à financer efficacement la création d’entreprises

L’environnement des affaires n’est pas mieux loti. Sur les 8 indicateurs, seulement 2 ont connu une amélioration. Pour tout le reste, la Tunisie a reculé :

  • Coût de la création d’entreprise : de la 55ème à la 56ème place en 2019
  • Défaillance de la structure réglementaire : de la 82ème à la 88ème place
  • Croissance des entreprises innovantes : de la 109ème à la 114ème place

Du côté financier, c’est toujours la baisse qui est de mise. Selon Mejdi Hassen, les mauvaises performances de la Tunisie reflètent l’incapacité du système bancaire à financer efficacement la création d’entreprises. D’ailleurs, le classement de Davos 2019 le montre clairement : en matière de financement des PME, la Tunisie a été classée 109ème cette année, alors qu’elle était 90ème en 2018.

Le rapport a également mentionné la situation de l’inflation. Avant la stabilisation du taux à partir d’août 2019, l’inflation avait fait des ravages en début d’année, et c’est sans surprise que l’impact sur le classement de la Tunisie dans le rapport a été direct. De fait, alors qu’elle était classée 89ème en 2018, la Tunisie est désormais 117ème.

Autre pilier capital mentionné par le rapport de Davos 2019: les institutions. Sur ce plan, la Tunisie a enregistré un net recul au niveau de l’indépendance judiciaire : de la 66ème place à la 77ème place en 2019. Elle est arrivée, dans ce même contexte, 100ème en 2019 alors qu’elle était 84ème un an plus tôt en matière de protection de la propriété intellectuelle.

« A bien des égards, nos concurrents ont fait plus d’efforts que nous. La Tunisie souffre d’un problème de solidité bancaire et de bien d’autres. En matière d’innovation, elle doit privilégier un dialogue entre les secteurs public et privé. L’actuel code de l’investissement ne suffit pas : il faut mettre en place une stratégie nationale axée sur l’innovation et l’industrie. Le code doit justement servir à cette stratégie, d’autant plus qu’il faut, aussi, mettre en place une politique sectorielle basée sur la collaboration entre plusieurs parties », a déclaré le directeur exécutif de l’IACE.

Par ailleurs, d’une manière générale, les dirigeants du monde ont pris des mesures rapides afin d’atténuer les effets de la crise, et c’est valable pour la Tunisie. Or, selon Mejdi Hassen, la même question se pose : comment stimuler la croissance et la productivité ? Pour y arriver, il faut établir un modèle économique basé sur une croissance inclusive, mais pas seulement : le développement durable doit aussi y être intégré.

Y arrivera-t-on en Tunisie ? La nouvelle classe politique, qui a émergé suite aux élections législatives et présidentielle, y arrivera-t-elle ? Pour le président de l’IACE, Taïeb Bayahi, la question du développement durable n’a pas été discutée par les partis politiques dans leurs programmes électoraux. Or, les pays qui réussissent sont ceux qui ont développé une économie incluant le développement durable. Plus encore : il faut réinstaurer l’État de Droit selon le président de l’IAEC. L’objectif est de rétablir la confiance et de rassurer les investisseurs. « Le prochain gouvernement doit travailler sur l’État de Droit. Les gens, aujourd’hui, ne se sentent pas en sécurité. Leur argent n’est pas en sécurité par rapport au marché, à l’administration et à la Justice. L’autre problématique est celle des entreprises publiques : il faut s’y pencher », a-t-il souligné.

Qu’en est-il de la prochaine étape dans ce cas ? Le président de l’IACE recommande aux prochains détenteurs du pouvoir de mettre en place une politique efficace en matière d’éducation et ce pour faire face, notamment à l’abandon scolaire. « Il existe des dizaines de milliers d’emplois à pourvoir. Or, personne ne les a à cause du manque de compatibilité entre la formation et les exigences du marché du travail. Beaucoup d’universités ne font que fabriquer des chômeurs », a-t-il encore souligné.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici