SOPAT, le phénix de la Bourse de Tunis

Par Bassem Ennaifar

SOPAT, connue plus par son nom commercial MLIHA, est en route pour devenir un cas d’école en matière de restructuration financière. La société, initialement introduite sur le Marché Alternatif avant d’être transférée au Marché Principal en 2010, est passée sous le giron du Groupe La Rose Blanche de Kamel BELKHIRIA au mois de mars 2014.

Quelques mois après, le nouvel actionnaire a commencé à découvrir une série de cadavres dans le placard. Le Commissaire aux Comptes de la SOPAT avait saisi le Conseil du Marché Financier pour l’informer du lissage progressif des résultats de la société ayant mené à une majoration de ses résultats de 16,982 MTND et ce, jusqu’à décembre 2012. Depuis, les travaux d’assainissement n’ont jamais cessé et le Groupe La Rose Blanche a dû injecter plus de 23 MTND sur plusieurs opérations de recapitalisation.

Ces injections étaient nécessaires car le chantier de la restructuration de la société s’est avéré coûteux. Cela sans oublier que la société a fait l’objet d’un contrôle fiscal approfondi portant sur la période 2012-2015 et qui a abouti à des notifications de 23,390 MTND. De même, et sur la période 2014-17, la SOPAT a cumulé des pertes de 25,834 MTND. Cela a poussé le titre vers des niveaux de cours extrêmement bas, en deçà même de son nominal.

Mais les derniers états financiers de 2018 ont apporté une bonne nouvelle. Le résultat de la société est passé, enfin, en territoire positif. L’exercice s’est soldé par un bénéfice de 916 305 TND. De plus, la société a profité de l’amnistie fiscale décrétée par la Loi de finances 2019 pour réduire sa dette fiscale via un arrangement pour payer 4,799 MTND pour une dette initiale de 9,398 MTND. Néanmoins, le reste de de la dette fiscale reste non provisionné dans les comptes de la société.

Au niveau de l’exploitation, les indicateurs d’activité du mois de juin 2019 ont confirmé que l’exploitation est sur le bon chemin. Le chiffre d’affaires a progressé de 24% à 53,269 MTND. L’endettement reste encore élevé à 53,269 MTND, dont 17,628 MTND de crédits de gestion. Avec l’amélioration progressive de la génération de cash, cette situation devrait s’améliorer.

Bien que les comptes ne soient pas totalement équilibrés, la SOPAT a le mérite de pouvoir inverser la courbe dans un contexte économique difficile. Dégager des bénéfices pour la première fois depuis 2011 est une très bonne nouvelle pour les actionnaires. Ce business case est une bonne leçon pour ceux qui comptent s’offrir une entreprise car ils doivent tenir compte qu’ils pourraient être obligés de mettre seuls les mains dans la poche même s’il s’agit d’une société cotée. D’ailleurs, la Place de Tunis est pleine de ce genre d’entreprises qui n’ont pas pu trouver de repreneurs aussi sérieux.