Sarra Magida Toumi, fondatrice Acacias for all: retour aux racines

Par Faten Ben Aissa

Connue pour sa détermination, son courage, son énergie et son dynamisme, Sarra Magida Toumi, cette Franco-Tunisienne, de mère française et de père sfaxien, ne lésine pas sur les efforts pour donner corps à son rêve. D’une idée d’un projet soufflé par son père à son retour d’une mission effectuée au Soudan, à un grand projet de lutte contre la désertification des terres en Tunisie : Acacias for all.

Sarra Magida Toumi a effectué des études en médecine pendant deux ans et a découvert les sciences humaines à travers un cours intitulé « Histoire de la médecine ». Elle prit la décision d’arrêter ce cursus universitaire qu’elle trouvait trop mécanique et se dirigea vers la littérature française. Elle obtint une maîtrise de la Sorbonne en langue et littérature françaises et effectua un master couronné par la mention très bien sur « Les voyageuses françaises en Afrique du Nord au XIXème siècle ».

Sarra a toujours été impliquée dans la vie associative, son père ayant créé l’association « Dream Tunisia» alors qu’elle n’avait que neuf ans. Il se déplaçait entre l’Irak et la Jordanie pour distribuer les dons. C’est en 2004 que l’association obtint son autorisation officielle. Sarra rentre avec son père en Tunisie après 28 ans d’absence pour contribuer, autant que possible, à améliorer les conditions de vie des populations locales. Ils ont distribué 300 ordinateurs, du matériel électrique et une bibliothèque au profit des jeunes.

De ces actes de charité et de dons, Sarra a eu l’idée de monter à la Sorbonne avec sa sœur Myriam et des amis l’incubateur « Dream », un réseau mondial d’échanges et d’actions pour le développement. Parmi les objectifs de ce réseau, l’intégration des jeunes étudiants, leur encadrement et la lutte contre la consommation excessive d’alcool et de drogue. L’idée a plu à la direction de la Sorbonne qui a appuyé l’initiative par des fonds propres et en nommant Sarra Magida Toumi à la tête du pôle entrepreneuriat/étudiant.

Après le soulèvement de 2011, Sarra a manifesté un engouement au changement politique, économique et social. En rentrant au pays, elle crée le Centre tunisien pour l’entrepreneuriat social avec Asma Mansour et Hatem Mahbouli afin d’accompagner les jeunes porteurs d’idées. Nombreux sont les projets en tête et ceux à mettre en place mais celui de son père, à savoir la plantation des acacias, était un défi.

Elle a commencé à se documenter, à faire des études, à se renseigner ici et là. L’idée se décante et se clarifie. Une étude réalisée par la FAO dans les années soixante-dix sur la plantation des acacias dans les zones arides intitulée : « La grande muraille verte du Sénégal au Kenya » a fait que Sarra passe de l’idée au projet. Ce sera à Bir Ali où résident ses grands-parents. Suite au décès de son père en 2012, elle décida d’exaucer ses vœux. Elle aida les femmes et les filles du club des femmes à Hencha pour que celui-ci continue à exister et lança une campagne de financement participatif grâce à des amis en France pour l’achat des graines et la création d’une petite pépinière.

Soucieuse des détails, voire perfectionniste, elle avança à pas sûrs. Elle réalisa pendant neuf mois le business plan d’Acacias for all. Contactée par Asma Enneifer, directrice communication et relations publiques chez Orange plus d’une fois pour présenter son projet. Elle réussit à avoir un premier financement d’Orange de l’ordre de 160 mille euros afin de rénover l’école, d’équiper le dispensaire de matériels et de créer la pépinière de Bir Salah. Elle a créé de même le « club des jeunes et le futur de la connaissance » pour assurer des formations en agriculture, en artisanat mais aussi tout un programme contre l’ignorance. 20 jeunes femmes diplômées de l’enseignement supérieur ont assuré ses activités.

Le projet du village « Orange » s’agrandit : 1000 arbres pour cent femmes. Sarra les recrute parmi celles qui faisaient la couture des chaussures pour une société allemande et améliore le modèle de plantation des acacias. En 2016, elle lance le programme des ambassadeurs d’Acacias for all. 14 régions et 25 ambassadeurs faisaient au départ du bénévolat, hélas, il n’en reste que 6 hommes.

Sarra a créé un écosystème qui permet de lutter contre la désertification, la pauvreté et l’inégalité des genres.

En 2018, le modèle économique du projet s’améliora. Elle réussit à avoir pour l’association « Dream Tunisia », de la fondation allemande HBS, 45000 dinars qui devint justement une entreprise sociale qui achète, vend et qui structure les filières agro-écologiques.
Sarra identifie de nouveaux partenaires, applique le modèle de parcelles écologiques qui résistent à la sécheresse et qui sont capables de restaurer la biodiversité et en même temps générer des revenus. Le choix est fait à travers la vente du moringa, une plante riche en vitamines et en protéines végétales. La tâche de cette entreprise sociale, entre autres, est la production certifiéé des moringas et ce afin de s’assurer de la bonne qualité de la production.

Aujourd’hui, le projet s’agrandit: à Bir Salah, à Fatnassa à Kébili et à Zaghouan en partenariat avec l’UBCI. Sur le plan international, trois conventions ont vu le jour avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, et ce, pour la vente de matière première biologique et équitable.

L’activité de « Acacias for all » ne cesse de se développer : trois points de vente ont été installés à El Menzah 6, au Lac et à La Marsa. Les ventes se font en ligne aussi sur le site « Lella Jneina », réalisé en partenariat avec le CORP et la GIZ.
Qu’il est beau de voir le rêve devenir réalité ! Sarra s’est distinguée en remportant à Amman, en Jordanie, le prix « Tamkeen » qui récompense chaque année les personnalités qui contribuent à montrer une image positive du monde arabe. C’est le prix pour le développement et la durabilité. Elle le dédie «à tous les Tunisiens qui ont planté des arbres en Tunisie avec nous et qui croient qu’il est possible de construire un futur durable ensemble».

Elle n’est pas au bout des consécrations. Sarra a été désignée en janvier 2016 par le magazine américain Forbes dans la liste des 30 finalistes des jeunes entrepreneurs futurs leaders dans le monde pour son action contre la désertification des terres en Tunisie. Elle a aussi été désignée par le président Macron pour être membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique, créé en août dernier afin de moderniser l’image de la France en Afrique. Elle a accompagné la délégation française au mois de novembre 2017 au Burkina Faso, au Ghana et en Côte d’Ivoire. L’objectif était de proposer des actions concrètes sur des secteurs d’avenir. Sarra est l’initiatrice de la campagne digitale : “1milliontrees4Tunisia” et qui vise à planter 1 million d’arbres en Tunisie.

Une femme pleine de vie, une femme d’idées mais aussi d’action, c’est Sarra Magida Toumi, une femme qui ira loin, très loin sur le plan national et international dans le monde de l’entrepreneuriat.

Le sourire ne la quitte pas : « Je crois en ma Tunisie ! »

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