Le FMI donne sa recette à la Tunisie

Par Bassem Ennaifar, analyste chez Alphavalue

Après deux semaines de travail, l’équipe du FMI a quitté Tunis sans donner son feu vert pour la libération d’une nouvelle tranche de son crédit. Les négociations vont continuer à Washington et s’avèrent ardues.

Dans un communiqué de presse publié hier soir, le FMI a annoncé qu’il s’est mis d’accord avec les autorités tunisiennes sur les principaux points et qu’il a accepté de lui accorder plus de temps pour respecter ses engagements. Néanmoins, ce délai supplémentaire ne concerne que quelques domaines qui n’ont pas été précisés. L’institution financière internationale a également annoncé que les discussions vont continuer à Washington. Autrement dit, rien n’est encore décidé concernant la libération de la nouvelle tranche du crédit.

Le FMI a souligné que les efforts fournis en matière de contrôle de l’inflation et de la dette publique commencent à donner des résultats concrets, mais l’économie est encore fragile. Toutefois, l’inflation reste encore élevée et représente une menace au pouvoir d’achat des faibles classes sociales. Le Gouvernement s’est engagé à continuer l’assainissement budgétaire en 2019, après une année 2018 globalement positive. Il est parvenu à réduire le déficit budgétaire et à améliorer les recettes fiscales.

La révision à la hausse des prix des carburants a contribué au contrôle des subventions énergétiques et d’allouer plus de ressources à l’investissement et au social (35 000 familles additionnelles). En 2018, ces dépenses se sont établies, respectivement, à 5,6% et 2,7% du PIB. Les autorités ont créé une base de données de 600 000 ménages qui lui permettrait de mieux cibler les aides sociales dans le futur.

L’équipe du FMI a souligné que la reprise de l’économie tunisienne reste modeste avec une croissance de 2,7% en 2019 contre 2,6% en 2018. De plus, l’année précédente a été sauvée par une forte performance des secteurs agricole et touristique. L’économie continue à souffrir des incertitudes économiques et politiques, et des blocages structurels comme l’incapacité d’accéder aux financements. Ce rythme de croissance est incapable de créer une vraie avancée en matière de création de l’emploi. Le FMI a insisté que la croissance économique reste directement liée à la consommation puisque l’investissement et l’export demeurent encore peu dynamiques. Incontestablement, le coût de la dette est une vraie entrave à la croissance.

La recette que le FMI propose est « simple » : réduire le déficit budgétaire, renforcer les réserves en devises, garder une politique monétaire restrictive et réduire les subventions énergétiques tout en maintenant un soutien important aux classes sociales vulnérables. Le FMI a rappelé qu’il faut contrôler la masse salariale puisque la Tunisie affiche un ratio salaires/PIB parmi les plus élevés au monde. La volatilité du prix du pétrole et le ralentissement économique de l’Union européenne sont des facteurs qui peuvent peser sur notre économie. Le FMI a reconnu que les réformes seront douloureuses pour la population, d’où l’importance de soutenir les familles nécessiteuses.

Globalement, ce communiqué n’était pas tendre avec la Tunisie. Le FMI est plus que jamais décidé à mettre de la pression sur les autorités pour avancer plus rapidement dans l’agenda des réformes. C’est encore moins facile lorsqu’il s’agit d’une année élective.

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