Oxfam: les inégalités économiques dans le monde se creusent

La jeune membre du Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez a récemment proposé de taxer les revenus de plus de 10 millions de dollars à hauteur de 70%. Les fonds ainsi collectés seraient dédiés au financement du Green New Deal, un programme de relance économique proposé aux USA, visant à lutter contre les inégalités économiques et le changement climatique.

Naturellement, l’idée d’Ocasio-Cortez n’a pas fait l’unanimité. “Non, je ne suis pas en faveur de [cette taxe] et je ne pense pas que cela aiderait la croissance de l’économie du pays”, a déclaré au Washington Post Michael Dell, fondateur et dirigeant de la firme éponyme.

Dell a exprimé son mécontentement lors de sa participation au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. C’est aussi à l’occasion de ce somptueux rendez-vous que la fondation Oxfam a publié son rapport annuel sur les inégalités économiques dans le monde. Intitulé Services publics ou fortunes privées, ce rapport aspire à mettre sous les feux des lumières l’ampleur du fossé qui se creuse davantage entre riches et pauvres.

Alors que les richesses de la moitié la plus pauvre de l’humanité ont rétréci de 11% durant l’année 2018, les fortunes des milliardaires du monde — Oxfam en recense plus de 2208 — ont crû de 12%, soit plus de 900 milliards de dollars, selon les estimations de l’ONG. En d’autres termes, pour chaque jour de l’année écoulée, les plus riches ont cumulé 2.5 milliards de dollars supplémentaires ! Aussi, le rapport révèle que le nombre de milliardaires a presque doublé depuis la crise financière de 2008, avec un nouvel entrant enregistré tous les deux jours entre 2017 et 2018.

Loin d’agir dans le sens de réduire ce gap, les gouvernements seraient selon Oxfam en train d’exacerber les inégalités, “d’un côté en sous-finançant les services publics, tels que la santé et l’éducation, et de l’autre en sous-imposant les grandes entreprises et les individus fortunés et en renonçant à combattre efficacement l’évasion fiscale”.

En 2015, pour chaque dollar de recettes fiscales perçues dans le monde, seulement quatre cents proviennent d’impôts sur la fortune, comme les impôts sur la succession ou sur le patrimoine. Dans beaucoup de pays riches, ces types d’impôts ont été réduits voire éliminés, alors que dans les pays en développement ils sont à peine appliqués. Les taux d’imposition des individus fortunés et des grandes entreprises ont quant à eux été baissés considérablement, note le rapport.

Par exemple, le taux maximum de l’impôt sur le revenu des particuliers dans les pays riches est passé de 62% en 1970 à seulement 38% en 2013. Il est de 28% dans les pays pauvres. Pis encore, dans certains pays, comme le Brésil, les 10% les plus pauvres de la société s’acquittent d’une imposition sur le revenu proportionnellement plus élevée que les 10% les plus aisés.

Les implications de cette dichotomie sur la vie des citoyens seraient très importantes. Ainsi, les services publics souffrent d’un sous-financement chronique ou sont externalisés à des entreprises privées auxquelles n’ont pas accès les personnes les plus pauvres. Dans de nombreux pays, l’accès à l’éducation ou aux soins médicaux de qualité est devenu un luxe auquel seuls les riches peuvent prétendre.

Pour une large frange de la population, c’est une question de vie ou de mort !

En effet, 10 000 personnes meurent chaque jour par manque d’accès à des soins médicaux abordables. Dans les pays en développement, un enfant issu d’une famille pauvre est deux fois plus susceptible de mourir avant l’âge de cinq ans qu’un enfant né dans une famille riche. Dans des pays comme le Kenya, la scolarité d’un enfant d’une famille riche sera deux fois plus longue que celle d’un enfant d’une famille pauvre.

Cette situation est empirée par l’évasion fiscale pratiquée à une grande échelle par les super-riches et les entreprises, a noté Oxfam. Selon le rapport de l’ONG, les super-riches dissimulent pas moins de 7 600 milliards de dollars aux autorités fiscales, soit un manque à gagner fiscal estimé à 200 milliards de dollars. Rien qu’en Afrique, jusqu’à 30% de la fortune privée peut être détenue à l’étranger, privant les États africains de 15 milliards de dollars de recettes fiscales, selon les estimations de l’ONG.

Afin d’éviter de payer leurs dus, les multinationales exploitent les moindres failles des codes fiscaux pour transférer les bénéfices vers des paradis fiscaux et échapper à l’impôt, engendrant un manque à gagner estimé à 100 milliards de dollars pour les pays en développement.

Contrairement à une croyance très répandue, cela ne nuirait pas à l’économie, et un nombre croissant d’expériences réussies autour du monde soulignent les bienfaits économiques engendrés par la redistribution équitable des richesses. Par exemple, la Colombie tire 10% de ses revenus fiscaux en taxant la fortune. Le pays a introduit un impôt sur la fortune en 2015 s’appliquant à toutes les personnes dont la fortune dépasse un milliard de pesos colombiens, soit 315 000 dollars.

La solution ? À en croire le rapport d’Oxfam, elle est toute simple: demander aux 1% les plus riches de payer seulement 0,5 % d’impôt en plus sur leur fortune permettrait de récolter plus d’argent qu’il n’en faut pour assurer l’éducation des 262 millions d’enfants déscolarisés et de fournir les soins médicaux pouvant sauver la vie de 7 millions de personnes.

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