Rencontre avec une productrice en herbe

Les Journées cinématographiques de Carthage révèlent chaque année de plus en plus de talents . C’est l’occasion pour plusieurs jeunes et talentueux réalisateurs de faire leurs premiers pas. Le Manager a rencontré Hajer Nefzi, une productrice en herbe qui vient de produire son premier film, “Ghzela”, en vue de savoir comment s’en sortent les jeunes producteurs dans ce milieu. Interview.

Qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer dans la réalisation de ce film?

J’ai toujours été passionnée par la réalisation et l’assistanat. Cette passion s’est confirmée quand j’ai travaillé dans les séries “El Dawama”, “Familia Lol” et “Nssibti Laaziza”. J’ai même formé des enfants et les ai initiés au théâtre. Depuis 2012 j’ai une émission qui passe à Elwatanya 1 et Elwatanya 2 à caractère culturel dans laquelle on débat avec un invité d’honneur des courts métrages que l’on diffuse. Vers la fin de l’année 2016, j’ai pensé à fonder ma propre société de production. Un projet qui s’est concrétisé grâce à un emprunt de la BTS. Pour ce qui est du film “Ghzela”, c’est mon premier projet en tant que productrice et réalisatrice. C’est ma première expérience et j’espère l’avoir réussie. Je suis contente que le film soit passé durant les JCC dans le cadre de la valorisation du cinéma tunisien. Pour la première fois dans l’histoire des JCC mon film a été programmé deux fois durant la même journée: une avant-première à la prison de Messaâdine ( Sousse), puis à la salle le Palace. La réaction euphorique de la part du public à laquelle je ne m’attendais pas m’a beaucoup émue. Le film a aussi été projeté dans la Cité de la culture à la salle Taher Cheria et la salle a affiché complet !

Je tiens d’ailleurs à remercier les forces de l’ordre du Kef, les partenaires et sponsors qui nous ont aidés dans notre projet, les habitants de Sidi Amor, la famille Edhawi en particulier, le club de la presse de Bizerte qui m’a invitée dimanche dernier et m’a rendu un hommage pour ma participation aux JCC.

Maintenant que vous faites partie du monde glamour du cinéma, comment le vivez-vous ?

Je suis novice dans le domaine. Je viens tout juste d’intégrer le milieu culturel et artistique. Ma première impression, je peux vous affirmer que ce n’est pas du tout facile de produire un film. Je me suis introduite sur un terrain miné. J’ai pris beaucoup de risques, surtout que ma boîte est encore très jeune et n’a pas encore fait ses preuves. Une des étapes les plus dures, c’étaient les désistements imprévus des sponsors. J’ai même, et à plusieurs reprises, songé à abandonner le projet. Ensuite, sans surprise, j’ai été confrontée au problème du financement. Chaque année, le ministère de la Culture émet un appel d’offres pour l’octroi de subventions. Elles peuvent atteindre 600 mille dinars. Nous avions fait la demande pour 120 mille dinars et on ne m’a accordé que 50 mille dinars. Je me suis même adressée à l’Office national du tourisme avec qui j’avais signé un partenariat, en contrepartie d’un spot publicitaire pour promouvoir la région du Kef où d’ailleurs le film a été tourné. Plus encore, la subvention accordée par le ministère de la Culture m’a été remise en deux tranches. La deuxième n’a été versée qu’une fois le film achevé, soit 5 mois après le tournage. D’ailleurs, j’espère que cette mesure va évoluer. Ce qui complique la situation, c’est aussi la cherté du matériel, et la paie des techniciens. Il y a bien eu une légère amélioration de l’état des lieux, mais on est loin d’avoir une industrie du cinéma. On manque de fonds et de subventions, alors qu’il y a un énorme potentiel de créativité dans ce secteur.

Pouvez-vous nous parler du retour sur investissement de votre projet?

Il faut savoir que je n’ai encore rien gagné du film. J’espère que la roue tournera quand le film sortira en salles pour pouvoir au moins rembourser la BTS.

Y a-t-il eu un impact sur la région du Kef ?

Il y a quelques jours j’ai été contactée par le membre d’une association qui souhaite faire une donation de vélos aux enfants et étudiants de villages isolés au Kef. Avec le peu de moyens que nous avions, nous avons quand même réussi à créer un élan de solidarité.

Le film sera-t-il reprogrammé?

Actuellement je suis en contact avec les distributeurs. Mais j’attends encore leur retour pour programmer les sorties en salles. Je vise aussi les festivals internationaux, en espérant que cela va aboutir.

Quel message avez-vous souhaité faire passer à travers ce film?

On a voulu tout d’abord concentrer le film sur le personnage de Mouldi. Un artiste hors du commun qui vit dans les montagnes comme une gazelle. Ce qu’on apprécie dans le film et ce qui attire le plus l’attention, c’est la joie de vivre du personnage principal du film malgré toutes les conditions de vie difficiles.

Le mot de la fin?

Malgré les difficultés, c’était une expérience extrêmement enrichissante qui nous a permis de renforcer les liens de l’équipe. Je tiens d’ailleurs à dire qu’il s’agit du travail de toute une équipe. Le film n’a pu aboutir que grâce au scénariste, Mohamed Aidoudi, et au reste de la troupe: Faouzi Habbachi, le directeur de la photographie, Nassreddine Ben Madhi, l’ingénieur de son, Mohieddine Kaddour, le compositeur, Najeh AbdelHedi, le mixeur, Taha AbdelHedi, Melek Belarbi, Lotfi Kammoun, l’ingénieur lumière, Basma Dhaoui, Karim Jabouzi, Teyssir Azizi , Yasmine Kammoun, Sleh ben Chebbi, Taher Lamouchi, Nadia Bouadhma, Emna Saidi et tant d’autres. J’ai beaucoup appris d’eux. Et j’espère que ce film sera pour moi un tremplin pour d’autres aventures dans le monde fantastique du cinéma.

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