Le PLF 2019 débattu par Afek Tounes

Le projet de loi de finances de 2019 suscite encore débats et critiques. Particulièrement dans une économie qui tarde à reprendre le chemin de la croissance. C’est dans ce cadre que le parti politique, Afek Tounes, a organisé une conférence, le 21 novembre 2018 à Tunis, réunissant un parterre d’experts, en vue de débattre des perspectives et des défis de ce nouveau projet de loi. Détails.

Yassine Ibrahim, le président du parti, a déclaré que l’Etat doit améliorer la divulgation des données et des informations et oeuvrer pour plus de transparence afin de consolider la confiance du peuple envers le gouvernement et l’Etat. “Nous avons accès aux informations grâce aux notes du FMI”, insiste-t-il.

Il a mis en exergue les hypothèses et les projections de la loi pour 2019. Il a mentioné les 3.1% de croissance économique, l’amélioration de la croissance du secteur de l’agriculture et de la pêche de 0.5%, l’augmentation des performances des industries manufacturières de 4.2%, la hausse de production des IME de 1.9% et des services marchands de 4.1%. Il a aussi mis l’accent sur les prévisions des activités extractives, qui selon cette loi devront enregistrer 4.5% d’augmentation en 2019. Le FMI est, quant à lui, moins optimiste, prévoit 2.9% de croissance économique.

L’inflation est prévue à 7% en 2019. Y.Brahim a ajouté que « La Tunisie fait face à une inflation structurelle, et c’est tout à fait normal qu’on ait des grèves au niveau de la fonction publique ». Pour lui, la réforme la plus importante ne peut être que la réforme du secteur public et de l’administration. C’est un secteur qui a un poids conséquent dans l’économie.

Mohamed Louzir, expert-comptable, a pour sa part, souligné la volonté de l’Etat d’appliquer une imposition sur la distribution des dividendes « Depuis 1988, les dividendes ne sont pas imposés » insiste-t-il.

Quant à Mohamed Fessi, expert-comptable, il a indiqué que tous les budgets de ces dernières années ont été préparés dans une logique de de court terme et ne sont pas insérés dans le cadre d’une véritable politique économique. Toujours selon l’expert, pour faire face aux crises, l’Etat utilise l’outil monétaire ou l’outil budgétaire, « malheureusement l’Etat ne dispose pas d’assez de munitions sur les deux niveaux » déplore-t-il.

Pour Abderrazek Zouari, ancien ministre du Développement, la croissance est basée sur le taux d’épargne et le progrès technologique. On ne dépassera pas le taux de 3% de croissance s’il n’y a pas de changement dans les systèmes et les politiques économiques. « Il n’y a pas eu de changements institutionnels depuis la révolution, le moteur de la croissance économique ne dépend pas de loi ou de politique mais de la productivité des facteurs de production et des réformes institutionnelles » explique-t-il. Selon lui, les politiques économiques corrigent les fluctuations et les problèmes conjoncturels seulement.

L’investissement en mauvaise posture

« Chaque année, on s’attend à ce que l’investissement prenne son envol. Mais ce n’est pas le cas. L’investissement privé a bel et bien régressé cette année » a souligné Yassine Ibrahim. D’après lui, la pression fiscale est la raison de cette chute.

Plus encore, il a signalé que la demande pour les biens d’équipement a baissé au deuxième et troisième trimestre de 2018. En ajoutant que : « Puisqu’il y a pas de croissance de biens d’équipements en 2018, l’investissement ne verra pas de couleurs pendant les trimestres à venir. Je doute fort que l’investissement sera revu à la hausse à hauteur de 11% ».

Mohamed Louzir a mis en relief le problème lié à l’encouragement de la création de la PME. « A chaque loi de finance, on a le droit à 4 articles qui concernent l’exonération d’impôts pour les PME » a-t-il renchéri. Selon lui, cela ne servira à rien pour un entrepreneur qui vient de débuter son activité et qui se retrouvera déficitaire à la fin de son premier exercice. L’économie tunisienne aurait plutôt besoin d’entreprises de grande taille qui emploient une nombreuse main d’œuvre qualifiée et des diplômés qui répondent aux exigences du marché de l’emploi.

Selon l’analyse de l’expert, il faudrait encourager et donner aux entrepreneurs les motifs pour lesquels ils doivent fusionner leurs petites entreprises pour devenir de grands conglomérats, accentuant ainsi la compétitivité. En ajoutant que : « Le gouvernement encourage les entrepreneurs à travailler en solo, alors qu’il devrait les encourager à fusionner pour peser plus lourd ».

L’endettement, c’est hors de question !

Mohamed Fessi tire la sonnette d’alarme par rapport à l’endettement. « L’Etat sera contraint d’emprunter davantage, selon les mesures de cette loi ». Il a mis en relief les dépenses de fonctionnement qui sont évaluées à 25 milliards : « 40% du budget sont destinés aux salaires et c’est énorme » a-t-il renchéri. Chaque année, le service de la dette augmente. Pour lui, la relance ne peut se faire sans assainissement de la finance publique, ceci doit constituer une priorité.

Selon les données exposées par l’ancien ministre, la croissance économique régressera si les dettes augmentent: «Une corrélation négative a pu être établie entre le niveau d’endettement et la croissance ». Une chose est sûre, l’État n’a pas intérêt à emprunter davantage.

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