L’intelligence émotionnelle, du concept au concret

Hendrie Weisinger, psychologue américain, auteur et expert en intelligence émotionnelle


Pour mieux cerner les contours de l’intelligence émotionnelle, nous avons traversé l’Atlantique pour aller à la rencontre de l’un des experts les plus réputés dans le domaine. Hendrie Weisinger est un psychologue de renommée mondiale et expert en intelligence émotionnelle. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès qui ont été traduits dans plus de vingt langues, dont le best-seller du New York Times, “Personne n’est parfait”.

Comment mesure-t-on l’impact de l’intelligence émotionnelle sur la perfomance de l’entreprise ?

Mesurer l’impact de l’intelligence émotionnelle sur la performance d’une entreprise est une question complexe et il n’y a pas une seule façon de le faire. Cela dépend de nombreux facteurs, notamment la définition de «l’intelligence émotionnelle», le choix de la mesure de l’intelligence émotionnelle, le choix des domaines sur lesquels vous vous concentrez et la composante de l’intelligence émotionnelle étudiée (conscience de soi, motivation personnelle, gestion des émotions, etc.).

Prenons le cas d’une équipe de vendeurs qui reçoit une formation sur l’intelligence émotionnelle mettant l’accent sur le développement de la conscience de soi. Trois mois plus tard, le niveau de productivité ne montre aucune amélioration. Il est alors facile de conclure que l’intelligence émotionnelle n’améliore pas la performance. Cependant, il se pourrait que leur «plaisir au travail» et leurs «relations de travail» se soient améliorés. Et si aucune amélioration n’est constatée ?

En fait, il se pourrait que ce soit la formation qui était inefficace. Un meilleur programme de formation aurait sûrement donné de meilleurs résultats. En d’autres termes, pour qu’une organisation puisse mesurer l’impact de l’Intelligence émotionnelle, il faudrait mener une étude qui puisse résister à l’examen académique.

De par mon expérience, j’ai trouvé que la plupart des organisations manquaient de talents pour concevoir une telle étude. Donc, pour mesurer l’impact de l’intelligence émotionnelle, une entreprise devrait décider des axes de l’intelligence émotionnelle sur lesquels elle souhaite se focaliser et comment mesurer les résultats. Ce n’est pas une mission facile ! De nombreuses études démontrent que l’intelligence émotionnelle a un effet positif. Je pense donc qu’il est raisonnable de supposer que si l’entreprise met en œuvre une formation de qualité, elle aura forcément un effet positif.

Comment un manager peut-il développer des compétences liées à l’intelligence émotionnelle ?

Tout d’abord, un manager doit accepter le fait que son intelligence émotionnelle est un déterminant important de son succès. Ensuite, il doit suffisamment se renseigner. Deuxièmement, il choisit une compétence spécifique de l’intelligence émotionnelle (conscience de soi, gestion des émotions, motivation de soi, relation avec autrui) à améliorer. Ensuite, il faudra pratiquer des comportements spécifiques qui aident à développer cette compétence.

Par exemple, disons qu’un gestionnaire veut améliorer sa capacité à gérer les émotions, en particulier la colère. il aura alors à «pratiquer» des compétences de gestion de la colère, telles que la relaxation, ou en exerçant un autocontrôle. Il faut apprendre à se parler de manière “productive” quand la colère se manifeste.

A titre indicatif, les formulations peuvent être les suivantes: «ralentis”, “prends les choses à la légère”, “je peux gérer ça”. Pratiquer ces compétences quotidiennement aidera inévitablement le gestionnaire à faire face aux situations de colère de façon plus productive. Une fois qu’il aura appris à gérer ses émotions, il passe à une autre compétence. J’ai développé un instrument qui aide les managers à mener ce travail et il sera bientôt disponible sur mon site web.

Quels sont les process à mettre en place au sein des entreprises pour gérer à travers l’intelligence émotionnelle ?

En tant que psychologue, spécialisé dans l’intelligence émotionnelle, je recommande tout d’abord de créer une culture qui encourage une expression émotionnelle saine. Si vous réprimez la colère des employés par exemple, vous allez inévitablement étouffer leur enthousiasme. Il est important pour une organisation d’avoir des espaces d’échanges, d’organiser des réunions, qui donnent aux employés la possibilité d’exprimer leurs émotions et leurs sentiments.

Deuxièmement, les dirigeants et les managers doivent modéliser le principe «agir avec intelligence émotionnelle». Un responsable qui critique de manière destructive son personnel est susceptible de créer un personnel qui se critique mutuellement. Troisièmement, il faut renforcer la valeur de l’intelligence émotionnelle en l’intégrant aux évaluations du rendement. Si les employés savent qu’ils doivent être évalués sur l’intelligence émotionnelle, ils seront plus susceptibles de développer leur intelligence émotionnelle et de la pratiquer.

Pensez-vous qu’il s’agisse d’une science naissante ? Que diriez-vous aux sceptiques ?

Toute personne qui pense que l’intelligence émotionnelle n’est pas nécessaire au succès prend le chemin opposé du succès ! Le fait est que l’intelligence émotionnelle a toujours été importante parce qu’elle nous donne un avantage sur le plan de l’évolution naturelle de l’homme. L’homme primitif qui pouvait gérer ses émotions avait un avantage, tout comme le manager qui peut gérer ses émotions a une longueur d’avance. La science nous permet de trouver des moyens d’accentuer les émotions positives.

Par exemple, pratiquer la «gratitude» tend à augmenter les sentiments de joie. La science nous dit pourquoi être reconnaissant fait que nous nous sentons bien. Aux sceptiques, je dirais une chose simple : soyez aussi insensibles aux autres que possible, exprimez votre colère de manière inappropriée, et ensuite faites l’expérience inverse et vous verrez où cela vous mènera. Aujourd’hui, l’expertise technique n’est pas considérée comme un avantage concurrentiel, car elle est accessible à tous. C’est l’intelligence émotionnelle qui vous différencie dans le monde des affaires et dans la vie.

Vous savez, les experts du monde entier reconnaissent maintenant que l’intelligence émotionnelle est le principal déterminant du succès sur le lieu de travail. Je peux également vous l’affirmer de par mon expérience avec des centaines de dirigeants du “Fortune 500”. Les meilleurs leaders ne sont pas des héros !

Ce sont juste des humains qui ont développé les compétences inhérentes à l’intelligence émotionnelle : la conscience de soi, la motivation personnelle, la gestion des émotions, la gestion des relations. Aucun dirigeant n’est un champion dans tous les domaines. Mais contrairement au Quotient Intellectuel ou à d’autres mesures traditionnelles de l’intelligence, l’intelligence émotionnelle peut être développée et considérablement augmentée.

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