Le métier de banquier métamorphosé ! Mais comment ?


Ahmed El Karm


Quel est le rôle des banques et des établissements de crédit pour réussir une intégration intra-africaine ? Quels sont les défis à relever ? Comment les surmonter ? Ahmed El Karm, président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et établissements financiers (APTBEF) y répond lors du Forum annuel du Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique tenu les 25 et 26 juin 2018 à Tunis.

Selon la perception du responsable, le secteur bancaire est en perpétuelle évolution. Deux facteurs seront à l’origine du changement de la situation des banques et des établissements de crédit.

Les nouveaux compétiteurs, les nouvelles menaces !

Le premier élément est l’apparition de nouveaux opérateurs dans l’univers de la finance. Il s’agit notamment des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Ahmed El Karm témoigne qu’ils ont déjà commencé à s’y adonner et à faire du lobbying sur les directions monétaires dans le but d’obtenir l’agrément pour exercer des services bancaires.

En offrant des services financiers à une clientèle, le moins que l’on puisse dire gigantesque, ces entités technologiques représenteront une vraie menace pour les établissements financiers classiques, et ce, vu leur pouvoir financier important leur permettant d’être plus performantes.

Ahmed El Karm a, également, mis l’accent sur l’émergence des grands opérateurs téléphoniques. Avec un portefeuille client important et une adaptation à l’évolution technologique, ces derniers seraient les nouveaux visages de la finance. « Le Big data, la robotisation, le Cloud, les objets connectés et l’intelligence artificielle permettent aux startups de prendre la casquette des opérateurs bancaires, sans même avoir un agrément bancaire», a-t-il éclairci.

Pareillement, les Fintechs accaparent aujourd’hui les marchés financiers internationaux. Etayant ses propos, le responsable qualifie cette émergence des Fintech de bon indicateur pour les Africains. L’intelligence artificielle à la croisée de l’intelligence des jeunes du continent a le vent en poupe. Elles sont d’ailleurs nombreuses les startups à opérer dans les Fintechs, offrant des solutions captées par des réseaux internationaux à une vitesse grand V. Mais il faut s’y préparer ! «Si les banques intègrent dans leurs stratégies des solutions offertes par les fintechs, elles pourront en tirer pleinement profit ! Et c’est le choix privilégié, parce qu’autrement, les fintechs seraient des concurrents imbattables », a-t-il indiqué.

Outre les nouveaux concurrents technologiques, les banques auront intérêt à surmonter d’autres défis.

Le continent africain a ses spécificités, il n’y a guère que le choix de s’y adapter

La nature du continent africain, qui change sans cesse de forme, fait en sorte que les banques et les établissements de crédit qui s’y sont installés font face à des défis, qui selon le président de l’APTBEF, sont au nombre de quatre. Il s’agit là, du deuxième facteur qui modifierait la logique du travail des banques.

Ils concernent dans un premier temps, l’émergence des startups. Bien que certaines banques aient déjà créé des mécanismes d’appui à savoir des incubateurs et des accélérateurs de projets, Ahmed El Karm estime que ces initiatives sont timides.

Le deuxième défi est relatif à la conjoncture socio-économique de la région marquée par un taux de pauvreté important. La lutte contre la pauvreté devient de ce fait la responsabilité des banques.

Un des défis qui n’est pas des moindres concerne le développement des pays du continent. Le responsable indique que les banques ont incontestablement un rôle pivot à jouer pour accompagner les pays dans les projets d’infrastructures et de développement. « La mise en place de ce type de projets nationaux nécessite des capitaux énormes et une innovation dans les solutions proposées. Le PPP est l’un des outils sur lequel nous devons miser.», a-t-il-expliqué.

Au final, Ahmed El Karm a mis en exergue le refinancement des PME. Le taux de mortalité des entreprises africaines est élevé, provenant essentiellement du cadre rude où elles évoluent. Nous sommes ainsi dans l’obligation de voir naître des structures d’accompagnement efficaces.